Pourquoi regardons-nous les connexions Peppol et pas les enregistrements à l'annuaire ?
Juillet 2026
Il y a deux raisons.
La première est pragmatique : nous ne sommes pas éditeurs d'une solution de facturation électronique, nous n'avons donc pas accès aux données de l'annuaire en masse. Et si nous y avions accès, nous n'aurions pas le droit de les partager.
La deuxième est plus intéressante : les connexions Peppol sont publiques, et elles mesurent quelque chose que l'annuaire ne mesure pas. Le nombre d'entreprises réellement prêtes, aujourd'hui, à recevoir une facture électronique.
Pour comprendre pourquoi, il faut d'abord démêler ce que la réforme mélange trop souvent. Deux raccourcis se sont installés dans les conversations : on dit « ma PA » pour parler de son logiciel de facturation, et on suppose qu'une entreprise dont le logiciel est immatriculé PA est automatiquement « prête ». Ce sont deux erreurs, et elles brouillent la compréhension de ce qui se passe réellement quand une facture circule.
La réforme fait intervenir quatre couches distinctes. Filons une analogie simple : le téléphone.
1. Le logiciel de facturation : le téléphone
C'est l'outil que l'entreprise utilise au quotidien pour créer et recevoir ses factures.
Son rôle dans la réforme : produire la facture au bon format structuré (Factur-X, UBL ou CII). C'est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Un téléphone seul ne sert à rien : produire une facture bien formatée ne dit pas qu'elle sera transmise.
2. La Plateforme Agréée : l'opérateur télécom
Une Plateforme Agréée (PA) est immatriculée par la DGFiP. La norme AFNOR XP Z12-014 le dit sans ambiguïté : les PA sont les seules habilitées à échanger les factures du périmètre e-invoicing (les factures B2B domestiques entre assujettis à la TVA).
Son rôle : recevoir la facture depuis le logiciel de l'émetteur, vérifier sa conformité, l'acheminer jusqu'à la PA du destinataire, transmettre en parallèle les données fiscales au PPF, et gérer les statuts de cycle de vie (facture reçue, acceptée, rejetée).
Ce qu'une PA n'est pas : une interface de saisie, un outil de gestion, un logiciel comptable. C'est un intermédiaire certifié, invisible quand tout fonctionne. Comme un opérateur télécom.
Et l'agrément emporte une obligation précise : l'interopérabilité. Chaque PA doit pouvoir échanger factures et statuts avec toutes les autres, sans accord bilatéral à négocier.
3. Le réseau Peppol : le réseau téléphonique
C'est là que l'interopérabilité se matérialise. Peppol n'est pas une PA, pas un logiciel : c'est le réseau sur lequel les PA se parlent. La norme décrit le mécanisme : les adresses électroniques (les « endpoints ») sont les clés qui permettent les échanges automatisés entre plateformes, ce qu'on appelle la découverte dynamique.
En France, le réseau est placé sous la gouvernance de l'Autorité Peppol France, rôle porté par la DGFiP, qui immatricule par ailleurs les PA. L'État certifie donc les opérateurs et gouverne le réseau.
4. Le PPF : le bottin
Quatrième acteur, le plus mal compris : le PPF (Portail Public de Facturation), géré par l'AIFE pour le compte de la DGFiP. Depuis l'abandon de sa fonction émettrice en octobre 2024, il remplit exactement deux fonctions :
Un concentrateur fiscal : il reçoit les données TVA transmises par les PA.
Un annuaire de routage : et c'est là que réside la subtilité. L'annuaire ne recense pas des entreprises, il recense des adresses de facturation électronique. Sous le schéma 0225 : 0225:SIREN pour l'entreprise, 0225:SIREN_SIRET pour un établissement, 0225:SIREN_SUFFIX pour un routage interne. C'est cette adresse que le réseau consulte pour savoir vers quelle PA acheminer une facture.
En pratique, ce n'est pas l'entreprise qui s'y inscrit : c'est sa PA de réception qui dépose les adresses en son nom. Et la norme précise que l'annuaire a vocation à référencer tous les assujettis à la TVA disposant d'un SIREN. Autrement dit : à terme, tout le monde sera dans le bottin. Y figurer ne distinguera personne.
Le PPF ne transporte pas les factures. Il ne valide pas les flux. C'est un bottin et un collecteur fiscal, rien d'autre.
L'exemple complet
Pour être en règle, vous choisissez un logiciel de facturation (le téléphone). Un téléphone seul ne sert à rien : il faut un opérateur (la PA) pour accéder au réseau (Peppol). Dans les faits, l'opérateur est généralement déjà désigné par le logiciel que vous choisissez.
Une fois le téléphone en main, vous pourriez déjà figurer dans le bottin (l'annuaire PPF). Mais être dans le bottin ne veut pas dire qu'on peut vous appeler : si votre ligne n'est pas encore raccordée au réseau, le numéro imprimé ne sert à rien.
L'inverse est vrai aussi : être raccordé au réseau, c'est être joignable, dès aujourd'hui, factures et statuts compris.
Ce que nous avons choisi de regarder
C'est pour cela que notre baromètre montre les entreprises déjà connectées au réseau : celles qui savent être appelées, pas celles dont le numéro est simplement imprimé dans le bottin.
Si votre éditeur n'apparaît pas encore dans ces chiffres, cela ne veut pas dire que vous ne serez pas en ordre au 1er septembre. Cela veut dire qu'aujourd'hui, vous êtes peut-être déjà dans le bottin, mais qu'on ne sait pas encore vous appeler. De nombreuses PA finalisent leur raccordement et rejoignent le réseau chaque semaine.
Nous montrons les sociétés qui savent être appelées.
Pour les plus techniques : notre méthodologie
Nous résolvons chaque SIREN sur l'infrastructure publique du réseau Peppol (DNS du SML, schéma 0225), puis nous vérifions l'identité de chaque plateforme par son certificat OpenPeppol, y compris derrière les infrastructures mutualisées où un même serveur héberge plusieurs PA en marque blanche.
Le tout est croisé avec l'open data INSEE (SIRENE).
Les chiffres sont des comptages exhaustifs, pas des sondages, et constituent un plancher : seul l'identifiant au niveau entreprise (0225:SIREN) est balayé ; les adresses par établissement ou suffixées ne le sont pas.
Cadre normatif : norme AFNOR XP Z12-014, cas d'usage B2B de la réforme, juin 2026.