Ce qui se cache derrière les chiffres #12
Le quart du pays est raccordé, et c'est la Vendée qui mène
Observatoire du raccordement à la facturation électronique · 15 septembre 2026
4 322 230 entreprises françaises peuvent aujourd'hui recevoir une facture électronique, contre 4 233 112 la semaine dernière. Le taux passe de 24,79 % à 25,31 % : une entreprise active sur quatre, seuil franchi pour de bon.
Cette semaine, ce sont les détails de la carte qui sont les plus parlants.
La carte du raccordement ne ressemble pas à la carte économique
On s'attendrait à trouver Paris et les grandes métropoles en tête. C'est l'inverse.
Le département le mieux raccordé de France est la Vendée, à 35,7 %. Suivent l'Aveyron à 35,5 %, l'Ille-et-Vilaine à 35 %, le Maine-et-Loire à 34,7 % et la Haute-Loire à 34,6 %. Paris arrive 32e sur 107, à 29,8 %, derrière le Rhône et à peine devant les Hauts-de-Seine.
L'explication tient en un mot : les cabinets. Dans les territoires où le tissu d'experts-comptables est dense et structuré en réseaux régionaux, le raccordement se fait par portefeuilles entiers, et il va vite. Là où les entreprises gèrent leur comptabilité de façon plus dispersée, il avance entreprise par entreprise. La facturation électronique n'est pas arrivée par les grandes villes, elle est arrivée par les cabinets de province.
Trente départements sur cent sept dépassent désormais les 30 %.
Le réseau trouve son rythme de croisière
Les trois semaines qui ont entouré l'échéance du 1er septembre ont été exceptionnelles : jusqu'à 89 745 raccordements par jour entre le 3 et le 7 septembre. Cette semaine, le réseau gagne 12 731 entreprises par jour.
C'est le rythme de fond, une fois passé l'effet de date limite. Il reste considérable : à ce rythme, le réseau accueille l'équivalent de la population d'entreprises d'un département moyen tous les cinq jours. Et la croissance redevient diffuse, répartie sur tout le territoire, alors que les semaines précédentes étaient dominées par quelques gros portefeuilles raccordés d'un coup. Paris gagne 7 845 entreprises, le Rhône 2 767, les Bouches-du-Rhône 2 634 : chaque département avance à la mesure de son poids.
Le classement se resserre par le haut
Pennylane reste largement en tête avec 945 970 entreprises, soit 21,9 % du réseau, et c'est aussi la plateforme qui attire le plus d'entreprises déjà équipées ailleurs : elle en a repris 3 263 à des concurrents cette semaine, pour 1 183 parties, le meilleur solde du marché sur ce terrain.
Mais sur les nouvelles arrivées, la hiérarchie change. Serensia capte 16 % des 98 315 entreprises arrivées cette semaine, et signe la plus forte progression, de 351 769 à 368 168. Chaintrust gagne 9 821 entreprises, Indy 9 819, Le Village Connecté 7 408, TIIME 6 500.
Le classement des dix premiers : Pennylane 945 970, soit 21,9 %. Serensia 368 168, soit 8,5 %. Qonto 359 151, soit 8,3 %. Indy 326 064, soit 7,5 %. TIIME 311 626, soit 7,2 %. Le Village Connecté 194 234, soit 4,5 %. Sage 167 931, soit 3,9 %. Cecurity 160 344, soit 3,7 %. Chaintrust 144 408, soit 3,3 %. Fulll 134 098, soit 3,1 %.
Les cinq premiers réunissent 53,5 % du réseau, les dix premiers 72 %.
Cent soixante-sept plateformes, et une très longue traîne
Derrière ce peloton de tête, le paysage est bien plus fragmenté qu'on ne l'imagine. La plateforme médiane dessert 228 entreprises. Sur les 167 opérateurs actifs, 108 en desservent moins de mille, et cinq en desservent exactement une.
Trois nouveaux opérateurs sont apparus cette semaine, dont XELYA avec 1 113 entreprises dès son arrivée.
Autre curiosité technique : deux opérateurs exposent deux serveurs distincts chacun, ce qui donne 169 points d'entrée sur le réseau pour 167 plateformes. C'est le genre de détail qui oblige à identifier chaque plateforme par son certificat plutôt que par son nom de domaine.
Les nouvelles venues sont de plus en plus petites, et parfois très anciennes
Les entrepreneurs individuels représentent 41,9 % des arrivées de la semaine alors qu'ils ne pèsent que 37,2 % du réseau existant. Les SAS font 18,9 % des arrivées pour 23,8 % du parc. Le mouvement descend clairement vers le bas du tissu économique.
Mais pas seulement vers les jeunes entreprises. Parmi les 98 315 nouvelles venues, 303 ont été créées avant 1950. Une entreprise fondée sous la Troisième République s'est raccordée cette semaine au réseau européen d'échange de factures électroniques.
Côté haut du tissu, deux entreprises sur trois sont désormais joignables : les grandes entreprises passent à 66,8 %, les ETI à 66,1 %. Les PME et TPE atteignent 30,3 %.
L'écart entre secteurs reste de un à quatre. Les activités financières et l'assurance mènent à 42,5 %, devant l'information et la communication à 33,2 % et les activités scientifiques et techniques à 32,4 %. Les transports sont à 15 %, les arts et spectacles à 10,7 %.
Un agrément ne fait pas un réseau
La liste officielle compte 164 plateformes agréées distinctes. 125 d'entre elles ont au moins une entreprise raccordée, soit trois sur quatre. Les 39 autres sont agréées mais n'ont encore aucun client sur le réseau, et 57 titulaires de l'agrément ne s'y sont pas encore raccordés du tout.
Dans l'autre sens, 17 opérateurs actifs sur le réseau ne figurent pas sur la liste et desservent 52 648 entreprises : ce sont pour l'essentiel des opérateurs européens qui acheminent des factures vers la France sans être agréés en France, ce que le cadre autorise.
Ce que le réseau pèse
Les entreprises raccordées dont nous connaissons le chiffre d'affaires représentent 3 533 milliards d'euros, en hausse de 23 milliards sur la semaine. La concentration reste spectaculaire : les ETI et grandes entreprises sont 2,1 % des raccordées et portent 76,5 % de cette valeur. Autrement dit, 88 977 entreprises pèsent plus de trois fois ce que pèsent les 2,5 millions de PME raccordées.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le raccordement mesure une capacité à recevoir, pas un usage. Rien ici n'indique combien de factures circulent, ni si les entreprises raccordées savent qu'elles le sont : dans beaucoup de cas, la démarche a été faite par leur cabinet.
Et l'essentiel du chemin reste devant. 12,7 millions d'entreprises actives ne sont pas encore joignables, dont 6,3 millions de micro-entrepreneurs et 1,5 million d'associations. Ne pas être raccordé n'exempte de rien : cela empêche seulement vos fournisseurs de vous facturer par le circuit prévu.
Prochaine échéance : le 1er septembre 2027, l'obligation d'émettre s'étendra aux PME, aux TPE et aux micro-entreprises, avec l'e-reporting qui l'accompagne. Il reste onze mois et deux semaines.
Note de méthode
Nos chiffres reposent sur deux sources complémentaires, dont aucune ne suffit seule. Le balayage des 17 075 844 unités légales actives du répertoire SIRENE trouve les adresses construites sur le SIREN. Le registre public du réseau ajoute les adresses nommées, que le balayage ne peut pas deviner, et qui représentent cette semaine 215 844 entreprises, soit 5 % du total.
Cette part recule nettement, elle était de 6,67 % la semaine dernière, et la raison est une bonne nouvelle pour la lisibilité du réseau : 73 085 entreprises qui n'étaient visibles que par le registre publient désormais aussi une adresse au niveau de l'entreprise. Les plateformes normalisent leur adressage, ce qui rend le réseau plus facile à interroger pour tout le monde.
Chaque plateforme est identifiée par lecture du certificat de son Access Point, jamais par le nom de domaine de son serveur : 35 infrastructures techniques sont partagées entre plusieurs opérateurs, et s'en tenir au domaine reviendrait à les confondre.