Ce qui se cache derrière les chiffres #9 - Le grand jour
Ce que nous avons vu passer cet été
Observatoire du raccordement à la facturation électronique · édition spéciale du 1ᵉʳ septembre 2026
Ce matin, toute entreprise française doit être en mesure de recevoir une facture électronique. C'est fait, c'est en vigueur, et pour la plupart des dirigeants concernés cela s'est joué avant-hier.
Nous suivons ce réseau depuis le 17 juin. Dix relevés, onze semaines, voici ce que nous avons vu.
Le chiffre
1 027 836 entreprises joignables le 17 juin. 3 782 447 le 31 août.
Le réseau a été multiplié par 3,7 en onze semaines. Il est passé d'une entreprise active sur 16,6 à une sur 4,5. Le nombre de plateformes actives a triplé, de 54 à près de 160.
Les deux jours qui ont tout fait
Le registre Peppol conserve la date d'enregistrement de chaque participant. Elle permet de dater la vague finale au jour près, et ce que l'on voit est saisissant.
Le 27 août, 124 395 entreprises se sont enregistrées. Le 28 août, 175 077. Ces deux journées pèsent 299 472 raccordements à elles seules, davantage que les mois de février à mai réunis. Le 29, on retombe à 22 622. Le 30, à 765.
Une échéance annoncée depuis des années, décalée deux fois, connue de tous les cabinets de France, s'est traitée l'avant-veille. C'est une leçon en soi, et elle vaut d'être retenue pour la suite.
Ce que la France a fait, secteur par secteur
Le raccordement n'a rien d'uniforme. 37,2 % des sociétés commerciales sont joignables, contre 17,2 % des entrepreneurs individuels et 1,7 % des associations. Par taille, les entreprises de taille intermédiaire mènent avec 57,4 %, devant les grandes entreprises à 48,8 % et les PME à 26,6 %.
Le fait que les ETI devancent les grandes entreprises est constant depuis trois relevés. Les grands groupes ont des systèmes plus lourds à faire bouger ; les ETI ont la taille critique pour se décider vite.
Par secteur, l'écart va de 38,0 % dans la finance et l'assurance à 9,2 % dans les arts et les loisirs. Par territoire, l'Aveyron arrive en tête avec 33,0 %, devant la Haute-Loire, la Vendée, la Haute-Savoie et le Maine-et-Loire. Aucun département parisien ou francilien dans les cinq premiers.
Ce sont les cabinets qui ont fait basculer le pays
C'est le constat le plus net de cet été, et il n'était pas évident au départ.
Le 24 août, un seul réseau d'expertise comptable, FITECO, passait de 6 436 à 47 100 entreprises raccordées en sept jours.
Dans les départements de son implantation, l'Orne, l'Eure-et-Loir, la Sarthe, l'Indre, la Mayenne, jusqu'à 86 % des nouveaux raccordés de la semaine étaient ses clients. Un cabinet, à lui seul, faisait bouger la carte nationale.
La semaine suivante a confirmé à grande échelle.
Tiime est passé de 24 920 à 228 390 entreprises, Le Village Connecté de 1 à 165 393, Cecurity de 21 à 160 484. À chaque fois le même schéma : un portefeuille entier raccordé d'un bloc, pas des entreprises qui arrivent une à une.
Le corollaire est simple. Dans cette réforme, une entreprise n'a en général pas décidé de se raccorder. Son cabinet l'a fait pour elle.
Ce que le classement des plateformes ne dit pas
Au 17 juin, Pennylane pesait 41,0 % du réseau. Au 24 août, encore 32,2 %. Au 31 août, 23,6 %.
Il serait faux d'y lire un recul. Pennylane a gagné 42 238 entreprises cette semaine et n'a jamais cessé de croître. Qonto, qui passe de 13,5 % à 9,6 %, et Serensia, de 11,8 % à 8,8 %, non plus.
Ce que mesure cette baisse est un écart de calendrier, pas un écart de performance. Ces trois-là ont raccordé leurs clients au fil de l'été, semaine après semaine, et l'essentiel de leur portefeuille était déjà joignable en juillet. Les plateformes qui bondissent cette semaine ont fait l'inverse : elles ont inscrit leur base entière dans les derniers jours, Tiime avec 203 275 entreprises, Le Village Connecté 165 247, Cecurity 160 293. Quand plus d'un million d'entreprises arrivent d'un seul coup, la part de celles qui étaient déjà là baisse mécaniquement, sans qu'elles aient rien perdu.
Ce matin, et après
3 782 447 entreprises peuvent recevoir une facture électronique. 13 293 397 ne le peuvent pas encore.
Une partie de ces treize millions sont des micro-entrepreneurs en sommeil et des structures hors du champ réel de la réforme. Pas toutes. Et ne pas être raccordé n'exempte de rien : cela empêche simplement vos fournisseurs de vous facturer par le circuit désormais prévu.
Les entreprises raccordées dont nous connaissons les comptes cumulent 2 909 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Le réseau est déjà, en valeur, l'essentiel de l'économie française, même s'il ne compte encore qu'une entreprise sur quatre et demie.
Reste la vraie échéance suivante. Au 1ᵉʳ septembre 2027, l'obligation d'émettre s'étendra aux PME, aux TPE et aux micro-entreprises. Émettre est plus contraignant que recevoir, et cela concernera beaucoup plus d'entreprises que ce que nous venons de voir passer.
Si elle se traite comme celle-ci, tout se jouera les 30 et 31 août 2027. Les cabinets qui auront préparé leur portefeuille d'ici le printemps traverseront cet été-là bien plus sereinement que ceux qui attendront le dernier week-end.
Nous continuons
Le baromètre reste publié chaque semaine.
Vérifier une entreprise : https://www.connect-compta.fr/peppol
Le baromètre complet : https://www.connect-compta.fr/carte
L'état du réseau au 1ᵉʳ septembre : https://www.connect-compta.fr/bilan
Comment on en est arrivé là : https://www.connect-compta.fr/histoire